Piloselle
Nom scientifique : Pilosella officinarum — syn. Hieracium pilosella L.
Partie utilisée : Plante entière fleurie séchée, avec racines
Origine : Plante originaire d’Europe et d’Asie occidentale

Avis global ☠️
La piloselle est traditionnellement utilisée pour favoriser l’élimination urinaire. L’Agence européenne des médicaments (EMA) reconnaît son utilisation pour soulager des troubles urinaires mineurs, en complément d’un apport hydrique suffisant. Cette reconnaissance repose sur l’ancienneté de l’usage, et non sur une efficacité démontrée par des essais cliniques.[1],[2]
Le rapport révisé de l’EMA ne retient aucune étude clinique d’efficacité pour la piloselle seule. Il n’a pas été identifié d’essai contrôlé publié permettant de démontrer un bénéfice sur la diurèse, la rétention d’eau, les cystites ou la minceur.[1]
Une étude menée chez 65 femmes présentant des symptômes évocateurs de cystite est parfois citée. Elle concernait toutefois une association de piloselle, canneberge et orthosiphon, sans groupe témoin. Elle ne permet ni de démontrer l’efficacité de cette association, ni d’attribuer l’amélioration observée à la piloselle.[3]
Les promesses de perte de poids et de « détox » ne sont pas étayées. Même si une augmentation de la diurèse était confirmée, perdre de l’eau ne signifierait pas perdre de la graisse, et uriner davantage ne démontrerait pas une amélioration de la santé.
En pratique, la piloselle reste une plante à usage traditionnel dont aucun bénéfice clinique propre n’est établi dans les indications examinées. Son recul d’utilisation est relativement rassurant dans les conditions prévues, mais sa sécurité reste peu étudiée. Elle ne doit pas remplacer la prise en charge d’une infection urinaire ou d’un œdème inexpliqué.[1],[2]
🎯 Effets attendus et preuves scientifiques
| Fonction ciblée | Effet revendiqué (population) | Niveau de preuve | Dose étudiée / efficace |
|---|---|---|---|
| Élimination urinaire et « drainage » | Augmentation de la diurèse chez l’adulte | ⚫ F | Aucune dose efficace établie. Usage traditionnel sans essai humain pertinent identifié sur la piloselle seule[1],[2] |
| Rétention d’eau et œdèmes | Diminution des gonflements | ⚫ F | Aucune dose efficace établie. Aucun bénéfice clinique démontré |
| Confort urinaire et cystites | Soulagement des symptômes, traitement de l’infection ou prévention des récidives | ⚫ F | Aucune dose efficace établie pour l’ingrédient seul. L’étude observationnelle d’un mélange ne permet pas d’isoler son effet[3] |
| Minceur et cellulite | Réduction du poids, de la masse grasse ou de la cellulite | ⚫ F | Aucune dose efficace établie. Aucun essai clinique pertinent identifié |
| Calculs urinaires et goutte | Élimination des calculs ou diminution des crises | ⚫ F | Aucune dose efficace établie. Aucun essai clinique pertinent identifié |
| « Détox » | Élimination de « toxines » et amélioration de la santé | ⚫ F | Aucun bénéfice clinique défini et démontré |
Lecture des résultats :
- Les notes ci-dessus correspondent à une absence de preuves cliniques propres à la piloselle, et non à des essais négatifs démontrant son inefficacité.
- Le statut d’usage traditionnel ne remplace pas une comparaison clinique avec un placebo ou un traitement de référence et n'est pas une preuve clinique d'efficacité.[2]
- Dans l’étude de Deyra et collaborateurs, 47 femmes sur 65 rapportaient une disparition des symptômes après trois jours de prise du mélange. Sans groupe témoin, ce résultat ne permet pas de distinguer un effet du produit de l’évolution spontanée ou d’autres facteurs.[3]
- Cette étude n’était ni randomisée ni contrôlée et associait trois plantes. Une amélioration avant–après, même statistiquement significative, ne démontre pas une efficacité thérapeutique. Les trois auteurs étaient affiliés au laboratoire PiLeJe.[3]
- Cette publication est citée pour transparence, mais n’est pas retenue comme preuve d’efficacité de l’ingrédient selon les critères Fideta. Les données animales et in vitro sont également exclues de la notation.
⚠️ Sécurité et précautions
- Effets indésirables : aucun effet indésirable spécifique établi n’est mentionné dans la monographie EMA. Cela ne signifie pas qu’aucun risque n’existe.[2]
- Pharmacovigilance : le rapport révisé décrit des signalements, dont deux cas graves et un cas d’hépatite, avec utilisation concomitante d’autres plantes ou médicaments. Ces données ne permettent pas d’attribuer les événements à la piloselle seule ; elles n’ont pas conduit l’EMA à modifier la monographie sur ce point.[1]
- Contre-indication : hypersensibilité à la piloselle ou à d’autres plantes de la famille des Astéracées.[2]
- Grossesse et allaitement : utilisation déconseillée faute de données suffisantes. Il s’agit d’une précaution liée au manque de données, pas d’une toxicité fœtale démontrée chez l’humain.[2]
- Enfants et adolescents : utilisation déconseillée avant 18 ans, faute de données suffisantes.[2]
- Restriction hydrique : utilisation déconseillée lorsqu’une diminution des apports en liquides est médicalement recommandée.[2]
- Interactions : aucune interaction médicamenteuse rapportée dans la monographie EMA. L’absence de signalement ne démontre pas l’absence d’interaction.[2]
- Dose maximale recommandée : aucune limite supérieure de sécurité validée cliniquement n’est établie. Les posologies traditionnelles ne constituent pas des doses maximales sûres.
Repères de posologie traditionnelle chez l’adulte, et non doses efficaces démontrées :
- Poudre de plante : 560 à 1 300 mg par jour, répartis selon la préparation.
- Infusion : 2 à 4 g de plante séchée dans 250 mL d’eau bouillante, trois fois par jour, soit 6 à 12 g de plante mis en infusion quotidiennement.
Ces quantités concernent des préparations différentes et ne sont pas interchangeables ni transposables aux extraits concentrés.[2]
En cas de fièvre, de sang dans les urines, de douleurs ou de difficultés à uriner, demander un avis médical. La monographie prévoit aussi une consultation si les troubles persistent au-delà de deux semaines ; ce délai ne signifie pas qu’il faille attendre deux semaines devant des signes d’infection urinaire.[2]
🧪 Forme et qualité du complément
- Formes galéniques : plante fragmentée pour infusion ou poudre, notamment en gélules. Ce sont les préparations couvertes par la monographie d’usage traditionnel.[2]
- Mode d’extraction : extraction aqueuse pour l’infusion ; absence d’extraction pour la poudre. Aucune méthode n’a démontré de supériorité clinique.
- Identification : vérifier la mention de Pilosella officinarum ou Hieracium pilosella et de la partie utilisée.
- Caractérisation des extraits : rechercher le solvant, le rapport plante/extrait et la quantité réelle d’extrait par dose quotidienne. Une mention « équivalent à X mg de plante » ne suffit pas à établir une équivalence thérapeutique.
- Standardisation : un titrage en polyphénols peut servir au contrôle de fabrication, mais ne prouve pas l’efficacité. L’EMA n’identifie aucun constituant dont l’activité thérapeutique soit établie.[1]
- Contrôles à rechercher : traçabilité du lot, identification botanique et analyses de contaminants.
- Certifications : les mentions « bio », « naturel » ou « fabriqué en France » ne démontrent pas une efficacité clinique. La qualité doit être appréciée sur les caractéristiques et les contrôles du produit concret.
📊 Résumé des évaluations
| Critère | Note | Commentaire |
|---|---|---|
| Efficacité | ⚫ F | Aucun bénéfice clinique démontré pour la piloselle seule dans les indications examinées |
| Sécurité | ☠️ Disqualifié | Recul traditionnel, mais données insuffisantes pour quantifier les risques, rapport bénéfice-risque jugé défavorable |
| Qualité | 🟡 C | Dépend de l’identité botanique, de la partie utilisée, de la préparation et des contrôles du lot |
📚 Références scientifiques
- EMA/HMPC. Assessment report on Pilosella officinarum Vall. (syn Hieracium pilosella L.), herba cum radice. Révision 1, adoptée le 20 novembre 2024, publiée en 2025. EMA/HMPC/493454/2023. Évaluation des données cliniques et de pharmacovigilance. Consulter le rapport
- EMA/HMPC. European Union herbal monograph on Pilosella officinarum Vall. (syn Hieracium pilosella L.), herba cum radice. Révision 1, adoptée le 20 novembre 2024, publiée en 2025. EMA/HMPC/493453/2023. Indication traditionnelle, préparations, posologies et précautions. Consulter la monographie
- Deyra B, Ait Abdellah S, Leblanc A. Cystite et conseil officinal : intérêt d’un produit de phytothérapie associant des extraits de piloselle, de canneberge et d’orthosiphon. Phytothérapie. 2016;14:321–324. Étude observationnelle non contrôlée chez 65 femmes, portant sur une association de trois plantes ; citée pour expliquer son exclusion des preuves d’efficacité de la piloselle seule. doi:10.1007/s10298-016-1049-4
Dernière mise à jour : 29 septembre 2026