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Harpagophytum

Nom scientifique : Harpagophytum procumbens (Burch.) DC. ex Meisn. ; Harpagophytum zeyheri Decne. — famille des Pedaliaceae
Partie utilisée : Racines secondaires tubérisées, séchées, en poudre ou sous forme d’extraits
Origine : Afrique australe, notamment les régions du Kalahari ; usage traditionnel contre les douleurs et les troubles digestifs

Illustration botanique de l’harpagophytum

Avis global​

L’harpagophytum est traditionnellement utilisé contre les douleurs articulaires et certains troubles digestifs. Quelques essais humains suggèrent un soulagement à court terme des poussées de lombalgie, mais les résultats ne sont pas suffisamment cohérents pour établir un bénéfice fiable. Ils dépendent du critère mesuré et de l’extrait employé. Les synthèses Cochrane maintiennent une faible certitude concernant cet effet.[1],[2],[3],[4]

Dans l’arthrose, les résultats contre placebo sont peu convaincants ou insuffisamment rapportés. Les comparaisons avec des médicaments ne suffisent pas à démontrer une efficacité équivalente. Aucun bénéfice clinique sur la préservation du cartilage n’est établi. L’EMA reconnaît un usage traditionnel pour les douleurs articulaires mineures, sans considérer l’efficacité clinique comme suffisamment démontrée.[5],[6],[7],[8]

La tolérance est généralement acceptable à court terme chez l’adulte sans contre-indication. Des troubles digestifs et des réactions allergiques sont toutefois rapportés, et la sécurité d’une consommation prolongée reste moins bien documentée.[9],[10]


🎯 Effets attendus et preuves scientifiques​

Fonction cibléeEffet revendiqué (population)Niveau de preuveDose étudiée / efficace
Poussée de lombalgie chronique non spécifiqueSoulagement de la douleur à court terme chez l’adulte🟠 DAucune dose efficace confirmée ; extraits aqueux apportant 50–100 mg d’harpagoside/j pendant quatre semaines étudiés contre placebo. Résultats discordants selon les critères et faible certitude selon Cochrane[1],[2],[3],[4]
Arthrose du genou et de la hancheRéduction de la douleur et amélioration de la fonction🟠 DAucune dose efficace confirmée ; poudre à 2,61 g/j pendant quatre mois étudiée contre diacéréine ; extrait Teltonal à 960 mg/j pendant un mois étudié contre méloxicam. Résultats contre placebo peu convaincants et comparaisons médicamenteuses insuffisantes[5],[6],[7]
Protection articulairePréservation du cartilage ou ralentissement de l’arthrose⚫ FAucune dose validée ; absence de preuve clinique de bénéfice structural dans les données examinées[5]
Digestion et appétitSoulagement des ballonnements, des flatulences ou d’une perte temporaire d’appétit⚫ FAucune dose cliniquement validée ; usage traditionnel sans démonstration clinique probante identifiée[8]

Lecture critique des résultats dans les lombalgies :

  • L’essai de 1996, portant sur 118 patients pendant quatre semaines, était négatif sur son critère principal, la consommation de tramadol. Un résultat secondaire était favorable : 9 patients sur 51 sous harpagophytum étaient sans douleur en fin de traitement, contre 1 sur 54 sous placebo. Ce signal ne suffit pas à compenser l’absence de résultat sur le critère principal.[1]
  • L’essai de 1999 a randomisé 197 patients entre placebo et deux doses d’extrait apportant 50 ou 100 mg/j d’harpagoside. Respectivement 3, 6 et 10 patients étaient sans douleur et sans tramadol pendant au moins cinq jours de la dernière semaine. Le test de tendance était significatif (p = 0,027, test unilatéral), mais les autres mesures de douleur et les analyses de sous-groupes n’étaient pas uniformément concordantes.[2]
  • La revue Cochrane de 2014 évoque un bénéfice possible à court terme avec des preuves de faible qualité. La synthèse Cochrane de 2025, reprenant ces mêmes essais, souligne qu’un essai peut ne montrer aucune différence sur l’intensité douloureuse et que l’autre ne rapporte pas suffisamment la différence entre groupes. Il ne s’agit pas d’une nouvelle confirmation par des essais récents.[3],[4]
  • Une réduction fiable de la consommation d’antalgiques et un bénéfice durable ne sont pas établis. Ces résultats ne permettent pas d’extrapoler à toutes les douleurs de dos ni à tous les compléments d’harpagophytum.[1],[3],[4]

Lecture critique des résultats dans l’arthrose :

  • La revue Cochrane souligne l’absence d’amélioration de la douleur WOMAC dans deux essais d’un extrait éthanolique contre placebo. Certaines définitions de « répondeur » étaient problématiques, puisqu’elles pouvaient accepter une augmentation de la douleur jusqu’à 20 %. Des résultats favorables avec un extrait aqueux étaient insuffisamment rapportés.[5]
  • L’essai de 2000 comparait 2,61 g/j de poudre à 100 mg/j de diacéréine chez 122 patients, pendant quatre mois. Les deux groupes s’amélioraient sans différence significative sur la douleur ou la fonction ; le groupe harpagophytum utilisait moins de médicaments de secours. Sans placebo, ces résultats ne suffisent pas à établir le bénéfice propre de la plante ni son équivalence thérapeutique. La publication comporte une affiliation aux laboratoires Arkopharma.[6]
  • En 2021, un essai de 60 patients comparait Teltonal à 960 mg/j pendant un mois au méloxicam à 15 mg/j pendant dix jours. Les deux groupes s’amélioraient sans différence significative entre eux. L’absence de placebo, le faible effectif et les durées différentes empêchent de conclure à une équivalence thérapeutique.[7]
  • L’EMA retient un usage traditionnel, et non une efficacité clinique suffisamment établie. La reconnaissance d’un usage traditionnel ne constitue pas une preuve d’efficacité issue d’essais robustes.[8],[9]

Les données animales, in vitro, les brevets et les arguments marketing sont exclus de la notation. Les effets des associations de plantes ne sont pas attribués à l’harpagophytum seul.


⚠️ Sécurité et précautions​

  • Effets indésirables : diarrhée, nausées, vomissements, douleurs abdominales, céphalées et vertiges. Des réactions allergiques sont rapportées : éruption cutanée, urticaire ou œdème du visage. Leur fréquence précise n’est pas connue.[9]
  • Tolérance dans les études : une revue de 28 essais, dont 20 rapportaient les événements indésirables, ne retrouvait pas d’incidence supérieure au placebo dans les études en double aveugle. Les événements mineurs étaient principalement digestifs. Cette observation ne suffit pas à exclure des effets rares ni à garantir la sécurité d’une prise prolongée.[10]
  • Contre-indications : hypersensibilité à la plante ou aux constituants de la préparation ; ulcère gastrique ou duodénal.[9]
  • Calculs biliaires : avis médical préalable.[9]
  • Grossesse et allaitement : utilisation déconseillée faute de données suffisantes. Cela ne signifie pas qu’une toxicité fœtale soit démontrée chez l’humain.[9]
  • Enfants et adolescents : utilisation non recommandée faute de données adaptées.[9]
  • Interactions : la monographie EMA indique qu’aucune interaction n’est rapportée. Une revue systématique sur la warfarine mentionne néanmoins un cas d’interaction suspectée. Chez un patient sous antivitamine K, une vérification professionnelle et une surveillance sont justifiées ; l’interaction ne doit pas être présentée comme définitivement démontrée.[9],[11]
  • Dose maximale recommandée : aucune limite supérieure de sécurité universelle n’est établie pour l’ensemble des poudres et extraits. Les 50–100 mg/j d’harpagoside utilisés dans les essais sont des doses étudiées, pas un plafond de sécurité. Respecter la posologie de la préparation utilisée.[3],[9]
  • Durée d’utilisation : consulter si les douleurs persistent au-delà de quatre semaines, si les troubles digestifs persistent au-delà de deux semaines, ou si les symptômes s’aggravent. Ces délais ne prouvent pas la sécurité d’une prise prolongée.[9]

🧪 Forme et qualité du complément​

  • Formes galéniques : poudre en gélules ou comprimés, extraits secs, préparations liquides et tisanes. Les essais pertinents concernent des préparations orales précisément identifiées.[9]
  • Identification : vérifier l’espèce et l’utilisation des racines secondaires tubérisées. La monographie EMA couvre H. procumbens et H. zeyheri, mais les données d’un produit ne démontrent pas l’équivalence clinique de toutes les préparations.[8],[9]
  • Mode d’extraction : aqueux ou hydroalcoolique. Les résultats d’un extrait aqueux ne sont pas automatiquement transposables à un extrait éthanolique ou à une poudre. Rechercher le solvant et le rapport plante/extrait.[12]
  • Standardisation : l’harpagoside est un marqueur analytique. Une quantité identique affichée ne garantit ni une composition identique de l’ensemble de l’extrait ni une efficacité clinique équivalente.[8],[12]
  • Dose réelle : vérifier la quantité quotidienne d’extrait et d’harpagoside, plutôt que le seul « équivalent en plante ». À titre de calcul, 500 mg d’extrait titré à 2 % apportent 10 mg d’harpagoside.
  • Contrôles à rechercher : identification botanique, traçabilité, certificat d’analyse par lot, teneurs mesurées et méthode analytique, contrôles microbiologiques, pesticides, métaux lourds et solvants résiduels si pertinents.
  • Certifications : un label « bio » ou une certification de fabrication ne démontre pas l’efficacité clinique. La qualité d’un produit précis nécessite sa propre documentation.

📊 Résumé des évaluations​

CritèreNoteCommentaire
EfficacitéBénéfice incertain dans les lombalgies et l’arthrose ; aucune protection du cartilage démontrée
Sécurité🟡 CTolérance généralement acceptable à court terme, avec précautions ; effets digestifs et allergiques possibles ; sécurité prolongée insuffisamment documentée
Qualité🟡 CCorrespondance avec la préparation étudiée et contrôles du produit indispensables ; extraits non interchangeables sur le plan des preuves

Les appréciations de sécurité et de qualité sont qualitatives et distinctes des niveaux de preuve d’efficacité. La qualité dépend de la documentation du produit considéré.


📚 Références scientifiques​

  1. Chrubasik S et al. Effectiveness of Harpagophytum procumbens in treatment of acute low back pain. Phytomedicine. 1996;3(1):1–10. Consulter la source
  2. Chrubasik S et al. Effectiveness of Harpagophytum extract WS 1531 in the treatment of exacerbation of low back pain: a randomized, placebo-controlled, double-blind study. European Journal of Anaesthesiology. 1999;16(2):118–129. Consulter la source
  3. Oltean H et al. Herbal medicine for low-back pain. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2014;CD004504. Consulter la source
  4. Rizzo RRN et al. Non-pharmacological and non-surgical treatments for low back pain in adults: an overview of Cochrane reviews. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2025;CD014691. Synthèse reprenant la revue de 2014 pour l’harpagophytum. Consulter la source
  5. Cameron M, Chrubasik S. Oral herbal therapies for treating osteoarthritis. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2014;CD002947. Consulter la source
  6. Chantre P et al. Efficacy and tolerance of Harpagophytum procumbens versus diacerhein in treatment of osteoarthritis. Phytomedicine. 2000;7(3):177–183. Essai également rapporté par Leblan et al., 2000 ; ces publications ne constituent pas deux essais indépendants. Consulter la source
  7. Farpour HR et al. The Efficacy of Harpagophytum procumbens (Teltonal) in Patients with Knee Osteoarthritis: A Randomized Active-Controlled Clinical Trial. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine. 2021;5596892. Consulter la source
  8. EMA/HMPC. Assessment report on Harpagophytum procumbens DC. and/or Harpagophytum zeyheri Decne., radix. European Medicines Agency. 2016. EMA/HMPC/627058/2015. Consulter la source
  9. EMA/HMPC. European Union herbal monograph on Harpagophytum procumbens DC. and/or Harpagophytum zeyheri Decne., radix. European Medicines Agency. 2016. EMA/HMPC/627057/2015. Consulter la source
  10. Vlachojannis J, Roufogalis BD, Chrubasik S. Systematic review on the safety of Harpagophytum preparations for osteoarthritic and low back pain. Phytotherapy Research. 2008;22:149–152. Consulter la source
  11. Tan CSS, Lee SWH. Warfarin and food, herbal or dietary supplement interactions: A systematic review. British Journal of Clinical Pharmacology. 2021. Signal d’interaction fondé sur un cas rapporté. Consulter la source
  12. Gagnier JJ, Chrubasik S, Manheimer E. Harpgophytum procumbens for osteoarthritis and low back pain: A systematic review. BMC Complementary and Alternative Medicine. 2004;4:13. Synthèse ancienne, utilisée ici pour les limites de transposabilité entre préparations ; les conclusions d’efficacité sont appréciées à la lumière des revues Cochrane ultérieures. Consulter la source

Dernière mise à jour : 8 octobre 2026
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