Polypode doré
Nom scientifique : Phlebodium aureum (L.) J.Sm.
Partie utilisée : feuilles ou parties aériennes pour les extraits étudiés
Origine : fougère épiphyte des régions tropicales et subtropicales américaines

Avis global
Le polypode doré, ou Phlebodium aureum, est une fougère tropicale américaine également connue sous les anciens noms Polypodium leucotomos et Polypodium aureum. Elle possède une longue histoire d’usage traditionnel sous le nom de calaguala, mais les recherches dermatologiques modernes ne portent pas sur toutes les préparations de la plante : elles concernent presque exclusivement un extrait aqueux standardisé de feuilles, souvent commercialisé sous le nom Fernblock®.
Les résultats obtenus avec cet extrait propriétaire ne peuvent pas être extrapolés à une poudre de fougère, à un extrait de rhizome, à un extrait préparé avec un autre solvant ou à un produit dont la composition n’est pas documentée.
Chez l’être humain, plusieurs petites études montrent une atténuation partielle de l’érythème provoqué par des UV artificiels et une augmentation de la dose d’UV nécessaire pour obtenir une rougeur visible. Ces expériences utilisent toutefois des critères intermédiaires, des irradiations contrôlées et de faibles effectifs. Elles ne démontrent ni une protection suffisante contre les coups de soleil en conditions réelles, ni un effet comparable à un indice SPF, ni une réduction des dommages cumulatifs ou des cancers cutanés.
Le signal clinique le plus crédible concerne le vitiligo, lorsque l’extrait est ajouté à une photothérapie médicale NB-UVB ou PUVA. Quelques petits essais randomisés suggèrent une amélioration de la repigmentation, surtout sur certaines zones corporelles ou chez certains phototypes. Les résultats restent variables et ne démontrent aucune efficacité de l’extrait utilisé seul.
Pour le mélasma, les essais sont petits et contradictoires. Pour la lucite polymorphe et les kératoses actiniques, les données sont limitées, hétérogènes et souvent obtenues avec des traitements associés. Dans la dermatite atopique pédiatrique, l’essai randomisé disponible n’a pas amélioré son critère principal. Aucune prévention clinique du photovieillissement ou des cancers cutanés n’est établie.
La tolérance à court et moyen terme paraît globalement favorable, avec surtout de rares troubles digestifs, céphalées, prurit ou inconfort abdominal. Le recul reste néanmoins limité, notamment lors d’une utilisation prolongée, pendant la grossesse ou l’allaitement et chez l’enfant.
En pratique, le polypode doré peut au mieux être considéré comme un adjuvant dermatologique expérimental ou médicalement encadré dans certaines indications. Il ne doit jamais être présenté comme un substitut aux moyens de photoprotection validés.
Une réduction partielle de la rougeur sous irradiation expérimentale ne signifie pas que la peau est protégée contre les dommages cumulatifs des UV ou les cancers cutanés. Le polypode doré ne remplace jamais un écran solaire à large spectre, les vêtements, l’ombre ou la limitation de l’exposition, et ne doit pas conduire à prolonger le temps passé au soleil.
🎯 Effets attendus et preuves scientifiques
| Fonction | Revendication | Note Fideta | Dose étudiée |
|---|---|---|---|
| Réponse cutanée aux UV expérimentaux | Atténuation de l’érythème et augmentation de la dose minimale érythémateuse chez des volontaires sains | 🟠 D | Extrait aqueux standardisé : 240 mg 2 fois/j pendant 60 jours dans un essai randomisé ; effets aigus également étudiés avec 480 à 1 080 mg |
| Prévention des coups de soleil | Réduction du nombre ou de la sévérité des coups de soleil en conditions réelles | 🔴 E | 480 mg/j pendant 60 jours dans un petit essai ; résultat déclaratif insuffisamment reproduit |
| Protection solaire utilisable seule | Remplacement ou réduction de l’écran solaire, des vêtements ou de l’évitement de l’exposition | ⚫ F | Aucune dose efficace démontrée. Aucun essai ne montre une protection suffisante ou comparable aux moyens validés |
| Vitiligo | Amélioration de la repigmentation en complément d’une photothérapie NB-UVB ou PUVA | 🟡 C | 720 à 960 mg/j pendant 3 à 6 mois selon les essais ; aucune efficacité établie en monothérapie |
| Mélasma | Amélioration supplémentaire avec écran solaire et traitement dépigmentant | 🟠 D | 480 à 720 mg/j pendant 12 semaines ; petits essais randomisés contradictoires |
| Lucite polymorphe | Augmentation du seuil de déclenchement ou diminution des réactions lors de l’exposition solaire | 🟠 D | 480 à 1 200 mg/j pendant environ 2 semaines ou durant la période d’exposition ; données surtout ouvertes et non contrôlées |
| Kératoses actiniques | Diminution des lésions ou récidives en complément d’un traitement dermatologique et d’une photoprotection | 🟠 D | 240 à 960 mg/j selon des protocoles hétérogènes ; dose pertinente non établie |
| Dermatite atopique | Réduction des poussées et de l’utilisation de corticoïdes topiques chez l’enfant ou l’adolescent | ⚫ F | 240 à 480 mg/j pendant 6 mois ; essai randomisé négatif sur le critère principal |
| Photovieillissement visible | Réduction durable des rides, taches et altérations structurelles liées au soleil | 🔴 E | Aucune dose validée ; données isolées sur des paramètres biologiques ou instrumentaux sans bénéfice clinique robuste |
| Prévention des cancers cutanés | Réduction de l’incidence des carcinomes cutanés ou du mélanome | ⚫ F | Aucune dose : aucun essai clinique ne démontre une réduction de l’incidence des cancers cutanés |
| Psoriasis / hyperpigmentation post-inflammatoire | Amélioration clinique de ces affections | ⚫ F | Aucune dose établie faute d’essai clinique contrôlé pertinent |
⚠️ Sécurité et précautions
- Effets secondaires / effets indésirables
La tolérance observée dans les essais de courte durée est globalement favorable. Les effets indésirables rapportés sont principalement :
- troubles digestifs, nausées ou inconfort abdominal ;
- céphalées ;
- prurit ou réaction cutanée ;
- fatigue ou étourdissements, plus rarement.
Dans un essai randomisé de 60 jours à 480 mg/j, aucune anomalie cliniquement pertinente des paramètres biologiques ou de la coagulation n’a été mise en évidence. Les effectifs étudiés restent toutefois trop faibles pour exclure des effets rares ou une toxicité apparaissant lors d’une utilisation prolongée.
- Points de vigilance spécifiques
Le principal risque pratique est une fausse impression de protection solaire. Une personne qui prolonge son exposition, diminue l’indice SPF, applique moins souvent son écran solaire ou néglige les vêtements protecteurs peut augmenter son exposition totale aux UV malgré une rougeur éventuellement atténuée.
L’absence d’érythème visible ne signifie pas l’absence de dommages de l’ADN, d’immunosuppression cutanée, de photovieillissement ou de risque carcinologique.
Une lésion pigmentée inhabituelle, une kératose actinique ou une réaction photosensible doit être évaluée médicalement. La prise d’un complément ne doit jamais retarder un diagnostic dermatologique.
- Contre-indications / situations à éviter par prudence
Éviter ou demander un avis médical en cas de :
- hypersensibilité connue à la plante ou aux excipients ;
- grossesse ou allaitement, faute de données suffisantes ;
- enfant, en dehors d’une indication médicalement encadrée ;
- maladie dermatologique nécessitant une photothérapie ;
- antécédent de cancer cutané ou présence de lésions précancéreuses ;
- traitement photosensibilisant ou immunosuppresseur ;
- maladie chronique ou traitement médicamenteux complexe.
- Interactions possibles
Aucune interaction médicamenteuse cliniquement démontrée n’est actuellement établie. Cette absence de signal ne prouve pas l’absence d’interaction : les études pharmacocinétiques et les données de pharmacovigilance sont insuffisantes.
Une prudence particulière est justifiée avec :
- les médicaments photosensibilisants ;
- les traitements immunosuppresseurs ;
- les protocoles de photothérapie NB-UVB ou PUVA ;
- les traitements dermatologiques associés ;
- les formules contenant plusieurs extraits végétaux.
L’association à une photothérapie doit relever du dermatologue, car la dose d’UV et la réponse cutanée nécessitent un suivi médical.
- Dose maximale recommandée
Aucune limite supérieure de sécurité n’a été fixée par une agence sanitaire.
Des doses jusqu’à 1 200 mg/j pendant environ deux semaines et jusqu’à 960 mg/j pendant plusieurs mois ont été utilisées dans certains protocoles. Elles correspondent à des doses étudiées, pas à une dose maximale sûre pour l’automédication.
La dose ne peut être interprétée qu’en lien avec l’extrait exact. Une quantité en milligrammes d’une poudre brute ou d’un extrait générique n’est pas équivalente à la même quantité d’un extrait aqueux standardisé.
🧪 Forme et qualité du complément
- Forme galénique
Le polypode doré est commercialisé sous plusieurs formes :
- gélules ou comprimés d’extrait sec ;
- extrait aqueux standardisé de feuilles ;
- poudre de feuilles ou de parties aériennes ;
- extraits non standardisés ;
- formules associant antioxydants, caroténoïdes, vitamines ou autres plantes.
Les données cliniques concernent principalement un extrait hydrophile standardisé de feuilles. Une poudre de plante, un extrait de rhizome ou un extrait obtenu avec un autre procédé ne peut pas être considéré comme équivalent.
- Mode d’extraction / standardisation
Pour évaluer correctement un produit, vérifier :
- l’espèce botanique complète : Phlebodium aureum ;
- les synonymes éventuellement utilisés : Polypodium leucotomos ou Polypodium aureum ;
- la partie utilisée : feuilles ou parties aériennes ;
- le solvant d’extraction, idéalement précisé ;
- le rapport drogue/extrait ou DER ;
- la quantité réelle d’extrait par dose ;
- le profil analytique et la standardisation éventuelle en composés phénoliques ;
- la présence d’un certificat d’analyse par lot ;
- l’absence de promesse de « crème solaire orale » ou d’équivalence avec un SPF.
La mention « extrait 4:1 » ou « équivalent à 1 000 mg de plante » ne suffit pas à démontrer une composition comparable à celle des essais.
- Certifications et qualité
Signaux de meilleure qualité :
- identification botanique vérifiée ;
- traçabilité de la matière première ;
- standardisation documentée ;
- certificat d’analyse disponible ;
- contrôle des métaux lourds ;
- contrôle des pesticides ;
- contrôle microbiologique ;
- recherche de solvants résiduels lorsque pertinent ;
- fabrication selon des standards GMP / HACCP / ISO 22000 ;
- composition complète sans mélange propriétaire opaque.
Aucune certification commerciale ne démontre l’efficacité clinique. Le caractère propriétaire d’un extrait peut améliorer sa reproductibilité analytique, mais ne transforme pas des critères biologiques intermédiaires en protection clinique démontrée.
Il ne faut pas confondre cet ingrédient avec Polypodium vulgare. La monographie de l’EMA sur le rhizome de P. vulgare concerne des usages traditionnels expectorants ou laxatifs et ne valide pas les usages dermatologiques des extraits de feuilles de Phlebodium aureum.
📊 Résumé des évaluations Fideta
| Critère | Note | Commentaire |
|---|---|---|
| Efficacité globale | Signal biologique sur l’érythème expérimental et possible intérêt comme adjuvant de la photothérapie du vitiligo, mais essais petits, indications hétérogènes et absence de protection solaire ou de prévention carcinologique démontrée. | |
| Sécurité adulte court terme | 🟢 B | Tolérance globalement favorable dans les petits essais disponibles, sans signal grave cohérent. Recul insuffisant lors d’un usage prolongé, pendant la grossesse ou l’allaitement et risque indirect en cas de fausse impression de protection solaire. |
| Qualité des produits | 🟡 C | Données essentiellement obtenues avec un extrait aqueux standardisé propriétaire. Équivalence incertaine des poudres, extraits génériques et préparations utilisant une autre partie de la plante. |
📚 Références scientifiques (sélection)
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- Royal Botanic Gardens, Kew. Plants of the World Online: Phlebodium aureum (L.) J.Sm. Base taxonomique consultée en juillet 2026.
Dernière mise à jour : 23 juillet 2026