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Lactoferrine

Nom scientifique : Lactoferrine / lactotransferrine
Partie utilisée : protéine isolée et purifiée à partir du lait écrémé ou du lactosérum
Origine : protéine naturellement présente dans le lait, le colostrum et différentes sécrétions humaines

Lactoferrine

Avis global

La lactoferrine, également appelée lactotransferrine, est une protéine naturellement présente dans le lait, particulièrement concentrée dans le colostrum. L’organisme humain en produit aussi dans les larmes, la salive et différentes sécrétions. Elle participe notamment au transport du fer et aux défenses naturelles des muqueuses.

Cette importance physiologique ne signifie cependant pas qu’une lactoferrine bovine prise en gélule reproduit tous les effets de la lactoferrine humaine présente dans le lait maternel ou produite localement par l’organisme. Une partie de la protéine ingérée est digérée, et son activité peut varier selon son origine, sa purification, sa saturation en fer et les procédés de fabrication.

Les résultats les plus intéressants concernent certains patients présentant une anémie ou une carence martiale, notamment pendant la grossesse. Plusieurs études rapportent une amélioration de l’hémoglobine et de la ferritine, parfois accompagnée d’une meilleure tolérance digestive qu’avec le sulfate ferreux.

Ces résultats doivent rester interprétés avec prudence. Les études sont très hétérogènes, souvent ouvertes, avec un manque fréquent d’aveugle et une concentration importante des travaux dans un nombre limité d’équipes. La revue systématique publiée en 2024 souligne elle-même que les données disponibles ne suffisent pas à établir une recommandation thérapeutique fiable.

Surtout, la lactoferrine apporte une quantité négligeable de fer par rapport à un véritable traitement martial. Son éventuel effet reposerait plutôt sur une modification de l’utilisation et de la distribution du fer dans l’organisme. Elle ne doit donc pas être considérée comme un substitut automatiquement équivalent au fer lorsqu’une carence nécessite un apport réel.

Les promesses plus générales de « renforcement immunitaire », de prévention des infections, de protection antivirale, d’amélioration du microbiote ou de « santé intestinale » sont beaucoup moins convaincantes. Les essais utilisent des populations très différentes — prématurés, jeunes enfants, adultes ou patients malades — ainsi que des laits enrichis et des associations qui ne correspondent pas nécessairement à une gélule standard de lactoferrine.

La tolérance à court terme est généralement bonne. Le principal point de vigilance concerne son origine laitière et le risque de réaction chez les personnes allergiques aux protéines de lait de vache.

Lactoferrine et carence en fer

La lactoferrine purifiée contient très peu de fer. Même lorsque certains paramètres sanguins s’améliorent dans les études, elle ne doit pas être assimilée à une supplémentation martiale ni remplacer sans avis médical un traitement prescrit pour corriger une carence.


🎯 Effets attendus et preuves scientifiques

FonctionRevendicationNote FidetaDose étudiée
Statut martialAmélioration de l’hémoglobine, de la ferritine ou du fer sérique chez des femmes enceintes et certains patients anémiques🟡 C100 à 250 mg/j pendant 30 à 90 jours
Tolérance du traitement de l’anémieDiminution des troubles digestifs par rapport à certains sels de fer🟡 C100 à 250 mg/j
Infections respiratoiresRéduction de la fréquence ou de la durée des épisodes chez l’enfant ou l’adulte🟠 DEnviron 100 à 600 mg/j selon les études
Diarrhées infantilesPrévention de la survenue des diarrhées chez le jeune enfantFEnviron 100 à 1 000 mg/j ou lait infantile enrichi ; le principal essai n’a pas réduit la fréquence globale
Sévérité des diarrhées infantilesRéduction de la durée ou de la gravité de certains épisodes🟠 DEnviron 100 à 1 000 mg/j selon les formulations étudiées
Acné légère à modéréeRéduction des lésions inflammatoires🟠 D200 mg/j pendant 12 semaines
Sepsis tardif du grand prématuréPrévention des infections survenant après la naissanceFJusqu’à 150 mg/kg/j
Entérocolite nécrosante du prématuréPrévention de cette complication digestive graveFJusqu’à 150 mg/kg/j
« Renforcement de l’immunité »Prévention générale des infections ou stimulation des défenses immunitaires chez une personne en bonne santéFAucune dose efficace établie
Microbiote et santé intestinaleAmélioration de la diversité du microbiote, de la perméabilité ou du confort digestifFAucune dose efficace établie
Prévention de la Covid-19Prévention de l’infection chez des professionnels de santéF600 mg/j pendant 90 jours
Traitement de la Covid-19 hospitaliséeRéduction des complications, des soins intensifs ou de la mortalitéF800 mg/j en complément des soins habituels

Note — Helicobacter pylori : plusieurs essais ont observé une augmentation du taux d’éradication lorsque 200 mg de lactoferrine, deux fois par jour, étaient ajoutés à une antibiothérapie associée à un inhibiteur de la pompe à protons. Ces résultats concernent uniquement un usage en complément du traitement médical. La lactoferrine seule n’éradique pas la bactérie, et les anciens schémas étudiés ne correspondent pas toujours aux traitements aujourd’hui choisis en fonction des résistances aux antibiotiques.

Ce qu’il faut comprendre sur les principaux résultats

Anémie et carence en fer : la lactoferrine contient une quantité négligeable de fer comparativement à un médicament à base de fer. Elle pourrait faciliter la mobilisation du fer et agir sur certaines voies inflammatoires, mais elle ne remplace pas automatiquement le sulfate ferreux ou un autre traitement prescrit. Une anémie doit d’abord être confirmée et sa cause recherchée.

Infections respiratoires : certaines analyses regroupées sont favorables, mais les études mélangent nourrissons, enfants, adultes, prématurés et produits parfois enrichis avec d’autres composants. Chez l’enfant, la méta-analyse de 2025 ne retrouve pas de réduction claire des infections respiratoires hautes.

Diarrhées infantiles : dans le principal essai portant sur 555 enfants, la lactoferrine n’a pas diminué la fréquence globale des diarrhées. Quelques résultats secondaires suggéraient des épisodes potentiellement moins longs ou moins graves, mais ils ne démontrent pas une prévention efficace.

Prématurité : les petits essais initiaux avaient suggéré une protection contre les infections. Le grand essai ELFIN mené chez 2 203 grands prématurés n’a ensuite retrouvé de réduction ni des infections tardives, ni de la mortalité, ni des autres complications importantes.

Acné : l’essai le plus souvent cité ne comptait que 36 participants et portait sur un lait fermenté enrichi en lactoferrine. D’autres travaux ont associé la lactoferrine au zinc et à la vitamine E. L’effet propre d’une gélule de lactoferrine reste donc incertain.

Microbiote : chez de jeunes enfants, six mois de lactoferrine orale n’ont pas modifié de manière significative la diversité ou la composition du microbiote intestinal par rapport au placebo.


⚠️ Sécurité et précautions

  • Effets secondaires / effets indésirables

La lactoferrine est généralement bien tolérée aux doses étudiées. Des effets indésirables peuvent néanmoins survenir :

  • nausées ;
  • douleurs abdominales ;
  • diarrhées ou constipation ;
  • diminution de l’appétit ;
  • céphalées ;
  • éruptions cutanées ou réactions d’hypersensibilité.

Les données de sécurité à très long terme et à forte dose restent limitées.

  • Point de vigilance spécifique

Le principal risque concerne l’allergie aux protéines de lait de vache. Même une lactoferrine très purifiée peut contenir des traces d’autres protéines laitières.

La mention « sans lactose » ne garantit pas l’innocuité chez une personne allergique au lait. L’intolérance au lactose et l’allergie aux protéines laitières sont deux situations différentes : l’intolérance au lactose n’est pas nécessairement une contre-indication si le produit est réellement exempt de lactose.

  • Contre-indications / situations nécessitant un avis médical

Éviter ou demander un avis médical en cas de :

  • allergie aux protéines de lait de vache ;
  • grossesse avec anémie ou carence martiale diagnostiquée ;
  • traitement martial déjà prescrit ;
  • anémie dont la cause n’a pas été recherchée ;
  • utilisation chez un nourrisson ou un enfant en bas âge ;
  • utilisation chez un nouveau-né prématuré ;
  • complément associant également du fer, du zinc ou d’autres actifs à dose élevée.

Plusieurs études ont utilisé la lactoferrine chez des femmes enceintes sans signal de sécurité majeur. Elles concernaient cependant principalement des femmes présentant une anémie diagnostiquée et suivie médicalement. Un traitement martial prescrit ne doit pas être remplacé sans avis médical.

Les préparations infantiles enrichies et les protocoles de néonatologie ne doivent pas être reproduits avec un complément alimentaire ordinaire. Les doses, la qualité du produit et la surveillance sont différentes.

  • Interactions possibles

Aucune interaction médicamenteuse importante n’est clairement établie.

La lactoferrine a été administrée avec des antibiotiques et des inhibiteurs de la pompe à protons dans les essais sur Helicobacter pylori, mais elle ne doit ni modifier ni remplacer ces traitements.

La présence éventuelle de fer, de zinc ou d’autres ingrédients dans le produit fini doit être évaluée séparément selon leur dose réelle et leurs propres interactions.

  • Dose maximale recommandée

Aucune limite supérieure officielle spécifique à la supplémentation n’a été fixée.

L’EFSA a considéré la lactoferrine bovine comme sûre dans les conditions d’utilisation alimentaire examinées. L’exposition élevée estimée chez l’adulte pouvait atteindre environ 3,4 g/j au 95e percentile, mais cette valeur correspond à une estimation de sécurité alimentaire et non à une recommandation de supplémentation ou à une dose thérapeutique.

La plupart des compléments et essais utilisent entre 100 et 600 mg/j. Les doses supérieures ne présentent pas de bénéfice démontré pour l’automédication.


🧪 Forme et qualité du complément

  • Forme galénique

La lactoferrine existe sous plusieurs formes :

  • poudre ;
  • gélules ;
  • comprimés ;
  • sachets ;
  • formes gastro-résistantes ;
  • formes liposomales ;
  • préparations infantiles enrichies ;
  • complexes de colostrum.

Les formes gastro-résistantes et liposomales sont présentées comme capables de limiter la dégradation de la protéine dans l’estomac. Leur supériorité clinique sur une lactoferrine conventionnelle n’est cependant pas démontrée.

  • Mode de production / standardisation

La lactoferrine bovine est habituellement extraite du lait écrémé ou du lactosérum, puis concentrée par échange d’ions, filtrée et séchée. Sa structure et son activité peuvent être modifiées par la chaleur, le pH et certaines étapes de transformation.

Plusieurs formes moléculaires existent :

  • l’apolactoferrine, faiblement saturée en fer ;
  • l’hololactoferrine, davantage saturée en fer ;
  • la lactoferrine bovine ;
  • la lactoferrine humaine recombinante ;
  • les formes enrichies en fer.

Ces formes ne sont pas automatiquement interchangeables. Un résultat obtenu avec un lait enrichi, une protéine recombinante ou une association ne peut pas être attribué sans réserve à une gélule standard de lactoferrine bovine.

Pour évaluer correctement un produit, vérifier :

  • l’origine bovine ou recombinante ;
  • la quantité réelle de lactoferrine par dose ;
  • le taux de pureté ;
  • le degré de saturation en fer ;
  • les autres protéines laitières résiduelles ;
  • la présence éventuelle de lactose ;
  • les autres actifs associés ;
  • les conditions de conservation.

L’étiquette devrait indiquer la quantité réelle de lactoferrine et non seulement celle d’un « complexe de colostrum ».

  • Certifications et qualité

Signaux de meilleure qualité :

  • origine clairement identifiée ;
  • taux de pureté documenté ;
  • teneur réelle contrôlée par lot ;
  • contrôle microbiologique ;
  • recherche de métaux lourds et autres contaminants ;
  • stabilité documentée ;
  • certificat d’analyse disponible ;
  • fabrication selon les standards GMP / HACCP / ISO 22000 ;
  • déclaration claire des allergènes.

À titre de référence, le produit examiné par l’EFSA contenait au moins 93 % de protéines, dont au moins 95 % de lactoferrine.

Les normes GMP, HACCP ou ISO 22000 renseignent sur la maîtrise de la fabrication, mais ne démontrent pas l’efficacité clinique du complément.


📊 Résumé des évaluations Fideta

CritèreNoteCommentaire
Efficacité globale🟡 CRésultats intéressants sur certains paramètres de l’anémie, mais données hétérogènes et insuffisantes pour considérer la lactoferrine comme un substitut validé au fer. Les promesses générales concernant l’immunité, les infections et la santé intestinale ne sont pas confirmées.
Sécurité adulte court terme🟢 BBonne tolérance générale aux doses étudiées. Vigilance indispensable en cas d’allergie aux protéines de lait et manque de recul sur les fortes doses prolongées.
Qualité des produits🟡 CQualité susceptible de varier selon l’origine, la pureté, la transformation et la saturation en fer. Les formes commerciales et complexes de colostrum ne sont pas toujours suffisamment caractérisés.

📚 Références scientifiques (sélection)

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Dernière mise à jour : 23 juillet 2026
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