Iode
Nom scientifique : Iode (I) ; en complément, principalement sous forme d’iodure de potassium, d’iodate de potassium ou d’iodure de sodium
Partie utilisée : sans objet (oligo-élément minéral)
Origine : minérale ou issue d’algues marines ; les formes minérales standardisées sont les plus prévisibles, tandis que les sources algales ont une teneur en iode plus variable

Avis global
L’iode est un nutriment essentiel à la synthèse des hormones thyroïdiennes. Son intérêt clinique est net lorsqu’il sert à couvrir un besoin physiologique ou à corriger une insuffisance d’apport réelle, en particulier dans les populations à risque telles que les femmes enceintes, les femmes allaitantes, les enfants, ou les personnes dont l’alimentation apporte peu d’iode. Dans ce cadre, la supplémentation ou la fortification améliore clairement le statut iodé, et peut contribuer à réduire le risque de goitre dans les contextes de carence.
En revanche, l’iode ne doit pas être présenté comme un actif “stimulant” la thyroïde chez tout le monde. Chez les sujets euthyroïdiens sans insuffisance iodée documentée ou probable, il n’existe pas de bénéfice clinique convaincant sur l’énergie, la perte de poids, la cognition ou le bien-être général. Pendant la grossesse, malgré des recommandations nutritionnelles visant à couvrir les besoins, les essais cliniques disponibles n’ont pas démontré de bénéfice clair et reproductible sur le neurodéveloppement de l’enfant lorsque la supplémentation est introduite dans des contextes de carence légère à modérée.
Sur le plan de la sécurité, l’iode est globalement bien toléré aux doses nutritionnelles. En revanche, l’excès chronique peut déclencher ou aggraver une dysthyroïdie, en particulier chez les personnes ayant une maladie thyroïdienne préexistante, une autonomie nodulaire, ou une exposition concomitante à des médicaments iodés. Les compléments à base d’algues posent un problème supplémentaire de variabilité de teneur, ce qui réduit leur prévisibilité.
Point méthodologique
Le terme “carence légère” en iode correspond surtout à une définition de santé publique, fondée sur la concentration urinaire médiane en iode d’une population, et non sur un dosage isolé chez un individu.
- Adultes non enceintes / enfants d’âge scolaire : carence légère = 50 à 99 µg/L
- Grossesse : on parle plus rigoureusement d’insuffisance iodée si la médiane est < 150 µg/L
Une iodurie ponctuelle isolée chez une personne seule est trop variable pour suffire à caractériser précisément le statut iodé habituel.
🎯 Effets attendus et preuves scientifiques
| Fonction ciblée | Effet revendiqué (population) | Niveau de preuve | Dose étudiée / efficace |
|---|---|---|---|
| Couverture d’un besoin physiologique / insuffisance d’apport | Amélioration du statut iodé et correction d’un apport insuffisant (adultes ou populations à risque) | ✅ A | En pratique nutritionnelle : 150 µg/j chez l’adulte ; pendant la grossesse, l’objectif d’apport est plus élevé. Dans un essai randomisé chez l’adulte légèrement carencé, 150 µg/j pendant 24 semaines ont amélioré le statut iodé |
| Goitre et retentissement d’une carence chez l’enfant | Réduction du goitre et amélioration du statut iodé dans les populations carencées | 🟢 B | Doses variables selon les études ; souvent 150 µg/j d’iode ou protocoles d’iodation/huile iodée dans les zones carencées |
| Thyroglobuline comme biomarqueur | Baisse de la thyroglobuline chez l’adulte légèrement carencé, sans bénéfice clinique thyroïdien clairement démontré à court terme | 🟡 C | 150 µg/j pendant 24 semaines |
| Grossesse : neurodéveloppement de l’enfant | Amélioration de la cognition, du langage ou du développement psychomoteur de l’enfant via supplémentation maternelle en zone de carence légère à modérée | 🔴 E | Le plus souvent 150 à 200 µg/j ; bénéfice clinique non démontré de façon convaincante dans les essais disponibles |
| Fonction thyroïdienne / énergie / métabolisme hors carence | “Stimulation” de la thyroïde, plus d’énergie, aide à la perte de poids chez adulte euthyroïdien | ⚫ F | Dose non établie |
| Mémoire / cognition chez adulte sain | Amélioration des performances cognitives hors correction d’une carence | ⚫ F | Dose non établie |
⚠️ Sécurité et précautions
-
Effets secondaires / Effets indésirables possibles :
- bonne tolérance aux doses nutritionnelles habituelles ;
- en cas d’excès : risque d’hypothyroïdie, d’hyperthyroïdie, de goitre, d’anomalies de la TSH, voire d’exacerbation d’une pathologie thyroïdienne latente ;
- plus rarement : troubles digestifs, goût métallique, irritation.
-
Contre-indications :
- prudence forte en cas de maladie thyroïdienne connue ou suspectée ;
- prudence en cas d’autonomie nodulaire, d’antécédent d’hyperthyroïdie, de thyroïdite auto-immune ;
- pour les produits à base d’algues : prudence particulière chez les personnes présentant un dysfonctionnement thyroïdien, une cardiopathie, une insuffisance rénale, ou suivant un traitement contenant de l’iode ou du lithium ;
- grossesse et allaitement : supplémentation à raisonner dans une logique de couverture des besoins, pas de mégadose sans avis médical.
-
Interactions :
- antithyroïdiens de synthèse : interaction fonctionnelle possible ;
- médicaments contenant de l’iode : risque de cumul ;
- lithium : vigilance accrue ;
- avec l’iodure de potassium, attention au risque d’hyperkaliémie en association avec des médicaments favorisant la rétention potassique.
-
Dose maximale recommandée :
- en pratique française, les compléments sont classiquement limités à 150 µg/j d’iode ;
- le niveau supérieur tolérable retenu par l’EFSA est de 600 µg/j d’apport total chez l’adulte, y compris grossesse et allaitement ;
- au-delà, le risque thyroïdien devient plus préoccupant.
🧪 Forme et qualité du complément
-
Formes galéniques :
- comprimés, gélules, gouttes ;
- formes les plus courantes : iodure de potassium, iodate de potassium, plus rarement iodure de sodium ;
- les produits à base de kelp ou d’autres algues sont commercialisés, mais leur teneur est moins prévisible.
-
Mode d’extraction :
- sans objet au sens botanique pour les formes minérales ;
- pour les sources algales, la teneur dépend fortement de l’espèce, de l’origine géographique, des conditions de culture ou de récolte, et du procédé de transformation.
-
Qualité / standardisation :
- privilégier les formes minérales standardisées, avec dosage explicite en iode élément par dose journalière ;
- éviter les produits algaux insuffisamment documentés sur l’espèce, le titrage réel et la traçabilité ;
- rechercher un certificat d’analyse, un contrôle des métaux lourds, et une identification claire du fabricant ;
- les algues ne constituent pas une forme idéale pour corriger une déficience iodée, en raison de la variabilité de leur teneur.
📊 Résumé des évaluations
| Critère | Note | Commentaire |
|---|---|---|
| Efficacité | Intérêt réel surtout pour couvrir un besoin physiologique ou corriger une insuffisance d’apport ; peu d’intérêt démontré hors carence ou hors indication nutritionnelle claire | |
| Sécurité | 🟡 C | Bonne tolérance aux doses nutritionnelles, mais marge de sécurité plus étroite que pour d’autres micronutriments en raison du risque thyroïdien en cas d’excès |
| Qualité | 🟡 C | Bonne prévisibilité avec les sels minéraux standardisés ; qualité plus incertaine avec les produits à base d’algues en raison d’une forte variabilité de teneur |
📚 Références scientifiques
- World Health Organization. Iodine deficiency. Nutrition Landscape Information System.
- World Health Organization. Urinary iodine concentrations for determining iodine status in populations. 2013.
- National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements. Iodine – Health Professional Fact Sheet.
- EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies. Scientific Opinion on Dietary Reference Values for iodine. EFSA Journal. 2014.
- ANSES. Avis relatif au risque d’excès d’apport en iode lié à la consommation d’algues dans les denrées alimentaires. 2018.
- Harding KB, Peña-Rosas JP, Webster AC, et al. Iodine supplementation for women during the preconception, pregnancy and postpartum period. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2017.
- Angermayr L, Clar C. Iodine supplementation for preventing iodine deficiency disorders in children. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2004.
- Wu T, Liu GJ, Li P, Clar C. Iodised salt for preventing iodine deficiency disorders. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2002.
- Dineva M, Fishpool H, Rayman MP, et al. Systematic review and meta-analysis of the effects of iodine supplementation on thyroid function and child neurodevelopment in mildly-to-moderately iodine-deficient pregnant women. American Journal of Clinical Nutrition. 2020.
- Ma ZF, Venn BJ, Manning PJ, Cameron CM, Skeaff SA. Iodine supplementation of mildly iodine-deficient adults lowers thyroglobulin: a randomized controlled trial. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism. 2016.
- Zimmermann MB, Connolly K, Bozo M, et al. Iodine supplementation improves cognition in iodine-deficient schoolchildren in Albania: a randomized, controlled, double-blind study. American Journal of Clinical Nutrition. 2006.
- Gordon RC, Rose MC, Skeaff SA, et al. Iodine supplementation improves cognition in mildly iodine-deficient children. American Journal of Clinical Nutrition. 2009.
- Sang Z, Wang PP, Yao Z, et al. Exploration of the safe upper level of iodine intake in euthyroid Chinese adults: a randomized double-blind trial. American Journal of Clinical Nutrition. 2012.
- Zimmermann MB. Iodine deficiency and excess in children: worldwide status in 2013. Endocrine Practice. 2013.
Dernière mise à jour : 28 mars 2026