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Lactobacillus reuteri

Nom scientifique : Limosilactobacillus reuteri — famille des Lactobacillaceae ; anciennement Lactobacillus reuteri
Partie utilisée : Cellules bactériennes vivantes ; certaines préparations étudiées contiennent des cellules inactivées
Origine : Bactérie présente dans le microbiote humain ; souches sélectionnées et cultivées industriellement

Illustration de Limosilactobacillus reuteri

Avis global​

Lactobacillus reuteri possède un intérêt clinique dans quelques indications précises, mais son efficacité dépend de la souche, de la population et de la préparation utilisée. Le nom de l’espèce, sans identification de la souche, ne suffit pas à relier un complément aux résultats des essais. Sa présence naturelle dans le microbiote ne prouve pas l’utilité d’une supplémentation.[18]

Le bénéfice le mieux étayé concerne DSM 17938 pour réduire les pleurs associés aux coliques chez les nourrissons allaités. Les résultats ne permettent pas d’étendre cette conclusion aux nourrissons nourris au lait infantile ni à la prévention systématique des coliques.[1],[2],[3]

Pour la constipation du nourrisson et de l’enfant, les premiers signaux favorables n’ont pas débouché sur un bénéfice thérapeutique suffisamment confirmé. Les données ne soutiennent pas son utilisation, seul ou ajouté à un laxatif. Chez l’adulte, un petit essai suggère une augmentation de la fréquence des selles, sans démontrer une amélioration globale et durable de la constipation.[4],[5],[6],[7],[19]

Certaines préparations ont donné des résultats encourageants comme appoint au traitement d’Helicobacter pylori ou de la parodontite, mais elles ne remplacent pas les traitements établis. Les résultats sur le LDL ou la densité osseuse ne démontrent pas une réduction des événements cardiovasculaires ou des fractures.[10],[11],[14],[16],[17]

La tolérance paraît généralement bonne chez les personnes en bonne santé. Les préparations vivantes demandent toutefois une prudence particulière chez les personnes immunodéprimées, gravement malades ou très fragiles. La sécurité ne peut pas être présumée identique pour toutes les souches et tous les produits.[18]


🎯 Effets attendus et preuves scientifiques​

Fonction cibléeEffet revendiqué (population)Niveau de preuveDose étudiée / efficace
Coliques du nourrisson allaité — DSM 17938Réduction des pleurs chez le nourrisson présentant des coliques🟢 B10⁸ UFC/j pendant au moins 21 jours ; bénéfice soutenu par plusieurs essais et synthèses dans cette population[1],[2]
Coliques du nourrisson nourri au lait infantile — DSM 17938Réduction des pleurs🔴 E10⁸ UFC/j pendant un mois dans l’essai incluant cette population ; bénéfice non établi. Cette dose étudiée n’est pas une dose efficace validée[1],[21]
Prévention des coliques — DSM 17938Prévenir leur apparition chez un nourrisson sans coliques🟠 D10⁸ UFC/j pendant 90 jours dans un essai préventif ; certains résultats portent sur la durée des pleurs, sans prévention convaincante des coliques dans la synthèse Cochrane[3],[22]
Constipation du nourrisson et de l’enfant — DSM 17938Améliorer la constipation, seul ou ajouté à un laxatif⚫ F10⁸ UFC/j pendant 8 semaines dans le petit essai initial chez le nourrisson et 10⁸ UFC/j pendant 4 semaines dans l’essai ultérieur chez les jeunes enfants. Bénéfice thérapeutique non confirmé ; les essais d’ajout à un laxatif sont également négatifs[4],[5],[6],[19]
Constipation de l’adulte — DSM 17938Augmenter la fréquence des selles chez l’adulte constipé🟡 C, sur la fréquence des selles10⁸ UFC deux fois/j, soit 2 × 10⁸ UFC/j, pendant 4 semaines ; petit essai positif, sans amélioration de la consistance des selles[7]
Douleurs abdominales fonctionnelles de l’enfant — DSM 17938Réduire l’intensité ou la fréquence des douleurs🟠 D10⁸ UFC/j pendant 4 semaines dans un essai positif ; d’autres protocoles utilisent jusqu’à 2 × 10⁸ UFC/j. Résultats hétérogènes et bénéfice non robuste dans la synthèse spécifique de 2026[2],[8],[24]
Gastroentérite aiguë de l’enfant — DSM 17938Raccourcir la diarrhée, en complément de la réhydratation🟠 D10⁸ à 4 × 10⁸ UFC/j pendant 5 jours ; réduction possible de la durée de la diarrhée, avec une certitude très faible[2],[9]
Diarrhée nosocomiale de l’enfant — DSM 17938Prévenir une diarrhée acquise pendant l’hospitalisation⚫ F10⁸ UFC/j pendant l’hospitalisation dans un essai négatif ; utilisation déconseillée par l’ESPGHAN[2],[23]
Appoint au traitement d’H. pylori — préparations documentéesAméliorer l’éradication et la tolérance du traitement chez l’adulte🟡 C, pour certaines préparationsExemple vérifié : préparation contenant DSM 17648 à 200 mg/j pendant 30 jours, ajoutée au traitement d’éradication, dans l’essai d’Ismail. Dose non interchangeable avec d’autres formulations ; la synthèse regroupe plusieurs souches et protocoles[10],[20]
Parodontite — DSM 17938 + ATCC PTA 5289Améliorer certains paramètres après traitement mécanique chez l’adulte🟡 CUne pastille contenant 10⁸ UFC de chaque souche, deux fois/j pendant 12 semaines, soit 2 × 10⁸ UFC/j par souche et 4 × 10⁸ UFC/j au total, dans l’essai de Teughels[11],[25]
Vaginose bactérienne — RC-14 + L. rhamnosus GR-1Améliorer la guérison avec un antibiotique chez la femme présentant une vaginose🟠 D10⁹ UFC de chaque souche deux fois/j pendant 30 jours, soit 2 × 10⁹ UFC/j par souche, dans l’essai d’Anukam. Résultats contradictoires entre essais ; effet de RC-14 seule indéterminable[12],[13]
LDL-cholestérol — NCIMB 30242Réduire le LDL chez l’adulte hypercholestérolémique🟡 C, sur le LDL uniquement2,9 × 10⁹ UFC deux fois/j, soit environ 5,8 × 10⁹ UFC/j au début du protocole, pendant 9 semaines. Aucun bénéfice cardiovasculaire clinique démontré[14],[15]
Densité osseuse chez la femme âgée — ATCC PTA 6475Limiter la perte osseuse chez des femmes de 75–80 ans avec faible densité osseuse🟠 D, sur un critère densitométrique10¹⁰ UFC/j pendant 12 mois ; essai positif isolé, sans bénéfice démontré sur les fractures[16]
Perte osseuse après ménopause récente — ATCC PTA 6475Prévenir la perte de densité osseuse chez la femme récemment ménopausée⚫ F5 × 10⁸ ou 5 × 10⁹ UFC deux fois/j, soit 10⁹ ou 10¹⁰ UFC/j pendant 24 mois ; aucun bénéfice dans l’essai de 239 femmes[17]

UFC : unités formant colonie. Les doses indiquées sont celles des protocoles cités. Une dose étudiée dans un essai négatif ou incertain n’est pas une posologie recommandée. Pour les préparations inactivées, une masse ou un nombre de cellules ne doit pas être assimilé automatiquement à un nombre d’UFC viables.

Lecture critique des résultats​

  • Coliques : la méta-analyse sur données individuelles de 2018 rassemble quatre essais et 345 nourrissons. À 21 jours, la différence moyenne d’évolution des pleurs et de l’agitation est d’environ 25 minutes/j en faveur du probiotique dans l’ensemble de l’échantillon. Le bénéfice concerne surtout les nourrissons allaités sans bénéfice clair chez les nourrissons nourris au lait infantile. Cela ne démontre pas que les coliques seraient systématiquement dues à un microbiote « déséquilibré ».[1]
  • Prévention : la revue Cochrane porte sur des nourrissons sans coliques au début de l’intervention. Elle ne retrouve pas de preuve convaincante de prévention des coliques, même si une diminution de la durée des pleurs est possible. Ce résultat ne doit pas être confondu avec le traitement de coliques déjà présentes.[3]
  • Constipation pédiatrique : le petit essai initial chez le nourrisson retrouve une augmentation de la fréquence des selles, sans amélioration de leur consistance ni des épisodes de pleurs inconsolables. Un essai ultérieur chez les nourrissons et jeunes enfants ne confirme pas l’efficacité. Les essais d’ajout au macrogol ou à un traitement laxatif chez les enfants plus âgés sont négatifs. Le classement traduit l’absence de bénéfice thérapeutique confirmé malgré des évaluations humaines, et non une absence d’études.[4],[5],[6],[19]
  • Constipation de l’adulte : l’essai d’Ojetti comprend 40 adultes, traités quatre semaines. L’augmentation moyenne est de 2,6 selles/semaine avec DSM 17938 contre 1,0 avec placebo. La consistance des selles n’est pas améliorée. L’essai est exploratoire, court, sans calcul préalable de taille d’échantillon ; il ne démontre pas une amélioration globale et durable de la constipation.[7]
  • Douleurs abdominales : la méta-analyse spécifique de 2026 retrouve une diminution de l’intensité de la douleur à la fin du traitement, mais ce résultat ne résiste pas aux analyses de sensibilité. L’hétérogénéité est élevée et le résultat en fin de suivi n’est pas significatif. La certitude des données sur la douleur est très faible.[8]
  • H. pylori : la méta-analyse de 2024 regroupe huit essais et 1 087 participants. Les taux d’éradication regroupés sont de 80,0 % contre 72,6 %, avec également une diminution des effets indésirables du traitement. Cependant, les préparations et traitements comparateurs diffèrent. Une estimation regroupant plusieurs souches ne valide pas séparément chaque produit. Le complément ne remplace pas le traitement d’éradication.[10]
  • Parodontite : les résultats concernent un appoint au traitement mécanique, sur des paramètres comme la profondeur des poches et le niveau d’attache. Les petits essais et leur hétérogénéité limitent la confiance. Une amélioration de ces mesures ne démontre pas une prévention de la perte des dents.[11],[25]
  • Vaginose : RC-14 est étudiée avec GR-1 et généralement avec un antibiotique. Des essais positifs coexistent avec un essai négatif de 126 femmes. L’effet de RC-14 seule ne peut pas être déduit de ces associations.[12],[13]
  • LDL : NCIMB 30242 a réduit le LDL d’environ 11,6 % par rapport au placebo dans un essai de neuf semaines. Aucun effet sur les infarctus, AVC ou décès n’est démontré pour cette supplémentation ; elle ne remplace pas une prise en charge cardiovasculaire appropriée.[14]
  • Os : le premier essai positif concernait des femmes âgées avec faible densité osseuse. L’essai de 2024 chez des femmes récemment ménopausées ne retrouve aucun bénéfice après deux ans. Les populations doivent rester distinguées. Aucune efficacité sur la prévention des fractures n’est établie.[16],[17]

La note Fideta est une interprétation critique des données humaines. Elle ne correspond pas automatiquement aux catégories GRADE des recommandations. Les résultats ne s’étendent pas à toutes les souches de l’espèce ni à des revendications générales sur « l’immunité », « l’équilibre du microbiote » ou « la digestion ».


⚠️ Sécurité et précautions​

  • Effets indésirables : gaz, ballonnements ou inconfort digestif généralement transitoire. Les essais de petite taille ne permettent pas d’exclure les événements rares.[18]
  • Allergies : contre-indication en cas d’hypersensibilité à un constituant. Vérifier les excipients et les allergènes déclarés, notamment les éventuels résidus liés à la fabrication.
  • Patients fragiles : avis médical préalable en cas d’immunodépression importante, de maladie critique, de cathéter veineux central ou d’altération majeure de la barrière intestinale. Des infections invasives ont été rapportées avec des probiotiques, principalement chez des patients fragiles. Ce risque général ne prouve pas une toxicité identique de toutes les souches de L. reuteri.[18]
  • Prématurés : utilisation uniquement dans un cadre spécialisé, avec évaluation du bénéfice attendu et contrôle de la préparation. Les résultats chez les nourrissons nés à terme ne peuvent pas être extrapolés automatiquement.[2],[18]
  • Enfants : efficacité, posologie et tolérance doivent être appréciées pour la souche, l’âge et l’indication étudiés. Le probiotique ne remplace pas la réhydratation dans une gastroentérite ni la prise en charge d’une constipation.
  • Grossesse et allaitement : les données d’une souche ou d’une association ne garantissent pas la sécurité de tous les produits. Évaluer l’indication et la préparation ; aucune efficacité préventive générale ne peut être présumée.
  • Interactions : les antibiotiques actifs contre la souche peuvent réduire la viabilité d’une préparation vivante. Suivre le protocole ou les instructions du produit ; un délai universel d’espacement n’est pas établi. La question diffère pour les préparations inactivées.
  • Dose maximale recommandée : aucune limite supérieure universelle validée pour l’espèce. Des doses jusqu’à 10¹⁰ UFC/j pendant deux ans ont été étudiées chez des adultes sélectionnés, sans signal significatif dans cet essai ; cela ne définit pas une limite de sécurité pour toutes les souches ou toutes les populations.[17]
  • Utilisation prolongée : les données ne permettent pas de garantir la sécurité d’une consommation indéfinie. Un nombre d’UFC plus élevé ne garantit pas une meilleure efficacité.[18]

🧪 Forme et qualité du complément​

  • Formes galéniques : gouttes en suspension huileuse, poudres, gélules, comprimés ou pastilles à laisser fondre. La forme et la voie d’administration doivent correspondre au protocole évalué.
  • Mode d’extraction : non applicable. Production par culture et fermentation, puis récolte et stabilisation des cellules, notamment par lyophilisation. Les cellules inactivées constituent une préparation distincte.
  • Identification : rechercher le nom complet de l’espèce et l’identifiant de la souche. DSM 17938, ATCC PTA 6475, ATCC PTA 5289, DSM 17648, NCIMB 30242 et RC-14 ne sont pas interchangeables.
  • Dose réelle : quantité quotidienne par souche, pas uniquement le total d’un mélange. Une association positive ne démontre pas l’efficacité de chacune de ses souches séparément.
  • Viabilité : pour les préparations vivantes, rechercher les UFC garanties jusqu’à péremption, et non seulement à la fabrication. Respecter les conditions de conservation.[18]
  • Transposabilité : les résultats d’une pastille destinée à agir dans la bouche ne valident pas automatiquement une gélule avalée. Un produit inactivé n’est pas interchangeable avec un probiotique vivant.
  • Contrôles à rechercher : identité de la souche, pureté microbiologique, absence de contamination, traçabilité, stabilité et certificat d’analyse par lot.
  • Certifications : les certifications de fabrication peuvent soutenir la qualité, mais ne prouvent pas l’efficacité. Les mentions « naturel », « milliards de bactéries » ou « cliniquement étudié » sans protocole identifiable sont insuffisantes.

📊 Résumé des évaluations​

CritèreNoteCommentaire
EfficacitéBénéfice probable de DSM 17938 dans les coliques du nourrisson allaité ; bénéfice non confirmé dans la constipation pédiatrique ; autres effets dépendants de la souche et de l’indication
Sécurité🟢 BTolérance généralement bonne chez le sujet sain pour les souches et durées évaluées ; prudence particulière chez les patients fragiles ; événements rares et utilisation indéfinie insuffisamment documentés
Qualité🟡 CQualité variable selon le produit ; souche identifiée, quantité par souche, viabilité jusqu’à péremption et concordance avec les essais indispensables

📚 Références scientifiques​

  1. Sung V et al. Lactobacillus reuteri to Treat Infant Colic: A Meta-analysis. Pediatrics. 2018;141(1):e20171811. Consulter la source
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  3. Ong TG et al. Probiotics to prevent infantile colic. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2019;CD012473. Consulter la source
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Dernière mise à jour : 4 octobre 2026
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