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Grande camomille

Nom scientifique : Tanacetum parthenium (L.) Sch. Bip. — famille des Asteraceae
Partie utilisée : Parties aériennes séchées, notamment les feuilles ; poudre de plante ou extraits
Origine : Balkans et Asie occidentale ; plante aujourd’hui cultivée et naturalisée dans de nombreuses régions

Illustration botanique de la grande camomille

Avis global​

La grande camomille est traditionnellement utilisée contre les maux de tête, la fièvre et certains troubles digestifs ou articulaires. Les recherches cliniques concernent principalement la prévention de la migraine. Un bénéfice est possible, mais il reste modeste et insuffisamment confirmé. Les résultats varient selon les études et les préparations utilisées.[1],[5],[8]

Le principal essai positif porte sur un extrait spécifique obtenu au CO₂, appelé MIG-99. Il observe environ 0,6 crise de migraine de moins par mois que le placebo. Ce résultat ne permet pas de promettre une amélioration importante ni de considérer les poudres et autres extraits commercialisés comme équivalents. La grande camomille seule n’a pas d’efficacité établie pour interrompre une crise déjà commencée.[1],[2],[5]

L’EMA reconnaît un usage traditionnel dans la prévention des migraines, après exclusion médicale d’une cause grave. Cette reconnaissance ne constitue pas une démonstration clinique d’efficacité. La tolérance paraît généralement acceptable à court terme chez l’adulte dans les conditions étudiées, avec des précautions concernant les allergies, la grossesse et les traitements favorisant les saignements.[7],[8],[9]


🎯 Effets attendus et preuves scientifiques​

Fonction cibléeEffet revendiqué (population)Niveau de preuveDose étudiée / efficace
Prévention de la migraine — extrait MIG-99Réduire la fréquence des crises chez l’adulte migraineux🟡 CAucune dose universellement validée. Signal positif avec 6,25 mg de MIG-99 trois fois/jour, soit 18,75 mg/j pendant 16 semaines. Bénéfice moyen supplémentaire d’environ 0,6 crise par mois par rapport au placebo ; confirmation insuffisante[1],[2],[3]
Intensité, durée et symptômes associés aux migrainesRéduire la douleur, la durée des crises, les nausées ou les vomissements🟠 DAucune dose efficace confirmée ; résultats inconstants, sans bénéfice convaincant sur ces critères dans le principal essai MIG-99. Un petit essai en ajout au propranolol rapporte une amélioration, avec des limites méthodologiques[1],[2],[4]
Traitement d’une crise migraineuseSoulager rapidement une crise déjà commencée avec la grande camomille seule⚫ FAucune dose validée ; absence de preuve clinique probante pour la plante seule dans cet usage. Les résultats des associations ne permettent pas de lui attribuer un effet propre[5]
Polyarthrite rhumatoïdeRéduire les douleurs et la raideur articulaires⚫ F70–86 mg/j de plante séchée pendant six semaines étudiés chez 41 femmes, sans bénéfice apparent par rapport au placebo ; aucune dose efficace établie[6]
Digestion et fièvreAméliorer les troubles digestifs ou réduire la fièvre⚫ FAucune dose cliniquement validée ; usages traditionnels sans données cliniques probantes identifiées[8],[9]

Lecture critique des résultats dans la prévention de la migraine :

  • La revue Cochrane de 2015 inclut six essais, soit 561 participants. Les préparations et les méthodes sont trop hétérogènes pour permettre une synthèse quantitative commune. Les résultats sont contradictoires, et les auteurs jugent les preuves de faible qualité. Ils demandent une confirmation par des essais plus grands, avec des extraits stables et des populations clairement définies.[1]
  • L’essai MIG-99 de 2005 a randomisé 218 personnes, mais seulement 170 ont été retenues dans l’analyse d’efficacité qualifiée d’« intention de traiter » par les auteurs, après notamment l’exclusion de participants ne respectant pas les critères d’inclusion. La fréquence passe d’environ 4,8 à 2,9 crises par mois avec l’extrait, contre 3,5 avec le placebo. Le bénéfice supplémentaire est donc de 0,6 crise par mois, et non de 1,9. Le résultat principal est statistiquement significatif, proche du seuil conventionnel (p = 0,0456). Des auteurs étaient affiliés au fabricant de l’extrait.[2]
  • Dans cet essai, les différences ne sont pas significatives pour plusieurs critères importants : durée des crises, nausées, vomissements, photophobie, phonophobie ou incapacité à travailler. Une diminution de la fréquence des crises ne signifie donc pas que toutes leurs conséquences s’améliorent.[1],[2]
  • L’essai de recherche de dose de 2002, chez 147 participants, ne trouve aucun bénéfice significatif dans l’ensemble de la population. Le signal favorable à 6,25 mg trois fois par jour concerne un petit sous-groupe prédéfini de 49 patients, répartis entre les différents groupes, ayant au moins quatre crises durant la période initiale. Il ne constitue pas une confirmation générale d’efficacité.[3]
  • Un essai iranien de 2016 a randomisé 60 participants, dont 54 ont été analysés après trois mois. Un extrait hydroalcoolique rapporte une amélioration du handicap et des symptômes, mais les deux groupes prennent aussi du propranolol à 40 mg/j. L’étude évalue donc un ajout au traitement, pas la plante seule. Le faible effectif, l’analyse des seuls participants ayant terminé et les imprécisions de présentation limitent la solidité du résultat.[4]
  • La revue systématique de 2020 retrouve également des résultats discordants. Elle ne permet pas de considérer l’efficacité préventive comme solidement démontrée.[5],[8]

La préparation compte : les données favorables concernant MIG-99 ne démontrent pas l’efficacité de n’importe quel complément de grande camomille. Les poudres, les extraits hydroalcooliques et les extraits au CO₂ ne sont pas automatiquement équivalents sur le plan clinique.[1],[3]

Les données animales, in vitro, les brevets et les arguments marketing sont exclus de la notation. Les effets des associations ne sont pas attribués à la grande camomille seule.


⚠️ Sécurité et précautions​

  • Effets indésirables : troubles digestifs, nausées et ballonnements. Des irritations et ulcérations buccales sont rapportées, notamment lorsque les feuilles fraîches sont mâchées.[1],[8]
  • Allergies : réactions allergiques possibles ; l’application cutanée peut provoquer une dermatite de contact.[8]
  • Tolérance dans les essais : aucun signal majeur de toxicité imputable n’a été identifié dans les essais examinés par Cochrane. Dans l’essai MIG-99 de 2005, les effets indésirables considérés comme possiblement liés au traitement étaient rapportés chez 8,4 % des participants sous extrait et 10,2 % sous placebo. Les événements graves observés n’étaient pas considérés comme liés au traitement. Ces données ne permettent pas d’exclure des effets rares ni de garantir la sécurité à long terme.[1],[2]
  • Contre-indication : hypersensibilité à la grande camomille ou à d’autres plantes de la famille des Astéracées.[7]
  • Grossesse : ne pas utiliser. Le NCCIH évoque un possible effet sur les contractions utérines ; cela ne constitue pas une quantification d’un risque obstétrical démontré chez l’humain.[8]
  • Allaitement : utilisation déconseillée faute de données suffisantes.[8],[9]
  • Enfants et adolescents : utilisation non recommandée faute de données adaptées ; les repères de posologie présentés concernent les adultes.[9]
  • Interactions : prudence avec les anticoagulants et les antiagrégants plaquettaires, en raison d’un possible risque hémorragique. Une vérification professionnelle est justifiée ; l’ampleur clinique de ce risque n’est pas solidement quantifiée et ne doit pas être présentée comme une interaction grave systématiquement démontrée.[8],[9]
  • Intervention programmée : le NCCIH recommande un arrêt au moins deux semaines avant une chirurgie, par précaution concernant la coagulation.[8]
  • Arrêt après utilisation prolongée : Santé Canada recommande une diminution progressive de la dose lors de l’interruption du traitement.[9]
  • Dose maximale recommandée : aucune limite supérieure de sécurité universelle n’est établie pour toutes les préparations. Pour la poudre de parties aériennes, Santé Canada reprend un plafond de 600 mg/j, sans dépasser 200 mg par prise, dans le cadre de la prévention de la migraine. Pour les préparations standardisées couvertes par sa monographie, le plafond est aussi de 4 mg/j de parthénolide. Ces repères ne sont ni une dose efficace garantie ni une autorisation de transposer les doses à tous les extraits concentrés.[9]
  • Durée d’utilisation : la monographie canadienne conseille un avis professionnel au-delà de huit semaines lorsque l’apport dépasse 250 mg/j de plante séchée, et au-delà de 16 semaines pour les doses inférieures ou égales. Consulter également si les symptômes persistent ou s’aggravent.[9]

🧪 Forme et qualité du complément​

  • Formes galéniques : gélules ou comprimés de poudre de plante ou d’extrait précisément caractérisé. Les milligrammes de plante et les milligrammes d’extrait ne sont pas interchangeables.[7],[9]
  • Identification : vérifier le nom Tanacetum parthenium, la partie utilisée et la traçabilité. Ne pas confondre avec la camomille allemande (Matricaria recutita), la camomille romaine (Chamaemelum nobile) ou Parthenium integrifolium.[7],[8]
  • Mode d’extraction : le principal essai positif utilise MIG-99, obtenu au CO₂ supercritique. Un extrait hydroalcoolique, une poudre ou une infusion ne peut pas être considéré comme son équivalent clinique sans données spécifiques.[1],[3]
  • Standardisation : le parthénolide aide à caractériser la préparation. Une teneur affichée identique ne suffit pas à démontrer une composition identique de l’ensemble de l’extrait ni une efficacité équivalente à celle de MIG-99.[1],[3]
  • Dose réelle : rechercher la quantité quotidienne d’extrait, le procédé d’extraction, le rapport plante/extrait lorsqu’il est renseigné et la quantité de parthénolide. Le seul « équivalent en plante » ne suffit pas à relier le produit à un essai.
  • Contrôles à rechercher : identité botanique, certificat d’analyse par lot, teneurs mesurées et méthode analytique, contrôles microbiologiques, pesticides, métaux lourds et solvants résiduels si pertinents.
  • Certifications : un label « bio » ou une certification de fabrication ne démontre pas l’efficacité clinique. La qualité réelle d’un produit nécessite sa propre documentation.

📊 Résumé des évaluations​

CritèreNoteCommentaire
EfficacitéBénéfice préventif possible mais modeste avec MIG-99 ; confirmation insuffisante ; autres usages non étayés
Sécurité🟡 CTolérance généralement acceptable à court terme chez l’adulte sans contre-indication ; allergies et précautions hémorragiques ; données prolongées et dans certaines populations insuffisantes
Qualité🟡 CCorrespondance avec la préparation étudiée et contrôles du produit indispensables ; poudres et extraits non interchangeables sur le plan des preuves

Les appréciations de sécurité et de qualité sont qualitatives et distinctes des niveaux de preuve d’efficacité. La qualité dépend de la documentation du produit considéré.


📚 Références scientifiques​

  1. Wider B, Pittler MH, Ernst E. Feverfew for preventing migraine. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2015;4:CD002286. Consulter la source
  2. Diener HC et al. Efficacy and safety of 6.25 mg t.i.d. feverfew CO₂-extract (MIG-99) in migraine prevention — a randomized, double-blind, multicentre, placebo-controlled study. Cephalalgia. 2005;25(11):1031–1041. Consulter la source
  3. Pfaffenrath V et al. The efficacy and safety of Tanacetum parthenium (feverfew) in migraine prophylaxis — a double-blind, multicentre, randomized placebo-controlled dose-response study. Cephalalgia. 2002;22(7):523–532. Consulter la source
  4. Rafie S et al. The Effect of Feverfew Cultivated in Iran for the Prophylactic Treatment of Migraine: A Randomized Placebo-controlled Clinical Trial. Jundishapur Journal of Natural Pharmaceutical Products. 2016;11(1):e29275. Essai en ajout au propranolol, sans démonstration d’efficacité de la plante seule. Consulter la source
  5. Lopresti AL, Smith SJ, Drummond PD. Herbal treatments for migraine: A systematic review of randomised-controlled studies. Phytotherapy Research. 2020;34(10):2493–2517. Consulter la source
  6. Pattrick M, Heptinstall S, Doherty M. Feverfew in rheumatoid arthritis: a double blind, placebo controlled study. Annals of the Rheumatic Diseases. 1989;48(7):547–549. Consulter la source
  7. EMA/HMPC. Tanaceti parthenii herba. European Medicines Agency. Monographie et rapport d’évaluation, révision 1, 2020 ; résumé public précisant le caractère traditionnel de l’usage et les limites des études cliniques. Consulter la source
  8. NIH/NCCIH. Feverfew: Usefulness and Safety. Mise à jour : février 2025. Consulter la source
  9. Santé Canada. Feverfew. Monographie des produits de santé naturels : doses selon les préparations, précautions et exigences de qualité. Consulter la source

Dernière mise à jour : 9 octobre 2026
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